Gamine, je me sentais toujours différente des autres. Malgré le fait que j’avais beaucoup d’amis à l’école, certains élèves ne se gênaient pas pour me faire voir ma différence. On me surnommait ‘’boum chocolat-cola’’. Cela peut sembler très anodin, mais dans mon cœur d’enfant cela me blessait beaucoup.
Au fil des années, je réalisais petit à petit que j’étais très différente des autres, voir même, très différente. Mes cheveux, ma couleur de peau, mes yeux et même ma mentalité différait de celles des autres. Je me suis longtemps sentie très seule. Je ne ressemblais à personne, ni à ma mère, ni à mon père.
Souvent, en me regardant dans le miroir, je me haïssais à un point tel que je voulais être quelqu’un d’autre, je voulais être blanche. Je me disais que tout serait beaucoup plus facile comme cela. J’aurais les cheveux longs et lisses, la peau pâle… Ainsi, de cette façon, je n’attirais plus les regards sur moi, je ne serais plus aussi différente des autres.
J’essayais du mieux que je pouvais me confondre dans la masse : Je parlais avec un accent très québécois, je pensais comme tout le monde de mon entourage. Je faisais tout pour plaire, afin de ne décevoir personne. Toutefois, je sentais que quelque chose n’allait pas. Je ne me sentais pas moi. J’avais l’impression de m’oublier, j’avais l’impression de jouer un jeu pour m’éviter d’autres abandons que je ne supporterais surement pas.
Secrètement, j’allais sur des sites qui portaient sur ma culture, sur mes origines. Pour moi c’était un univers qui m’était mystérieux et beau à la fois. Malgré tout ce que les autres pouvaient dire de négatif sur Haïti, je voyais les choses différemment. Je le trouvais riche et beau, ce pays. Ce pays qui était ma terre natale, ce pays qui renfermait mes origines. J’avais envie d’être une haïtienne et de goûter aux Antilles.
Mais comment? Je cherchais de l’information… demandait à mes parents, toutefois plus j’essayais, plus je sentais que ça ne menait nulle part. Souvent, lorsque je posais des questions sur mon pays, on me reprochait de ne pas être ‘’reconnaissante’‘ ou encore on me répondait que de toute façon, Haïti était très pauvre et violent, qu’il n’y avait rien à savoir, rien à voir. J’étais totalement en désaccord et beaucoup de conflits sont alors nés. J’étais triste, déçue et à la fois en colère. Triste qu’on ne veule pas m’aider, déçue qu’on ne me comprenne pas et en colère de ne rien connaître sur ma culture.
Je me suis alors longtemps contentée de voyager de site en site, jusqu’au jour où je déménageai à Montréal. Je pu enfin goûter à cette culture qui m’avait été interdite, qui m’avait été enlevée, qui avait été classée de malsaine, voir même de mauvaise.
Je compris que ce qui me manquait, n’était non pas une famille qui me ressemblait, mais bien une famille qui me comprenait, qui me supportait dans mes recherches, en ne se sentant pas menacée par ma culture, mes origines, cette mentalité haïtienne.
Quelque temps après, c’est en discutant avec beaucoup d’autres haïtiennes adoptées qui avaient vécu les mêmes difficultés que moi que j’ai compris qu’il y avait un sérieux manque d’informations, autant pour les parents adoptifs, que pour les adoptés. Dans un même temps, je compris que je n'étais pas la seule à m'être questionnée autant. Je me suis alors dit que ce devait être un processus normal, pour tout haïtien adopté.
Je réalisai aussi que la question de la culture n’était pas très souvent abordée au sein de certaines familles adoptives. C’est alors que je me suis dit que quelque chose devait changer afin d’éviter les conflits dans plusieurs familles adoptives. Oui, quelque chose doit changer : Il faut promouvoir l’importance de conserver la culture d’origine d’un haïtien adopté et de tout autre adopté à l’international. Si beaucoup de parents adoptifs n’en voient pas l’importance, beaucoup d’adoptés internationaux en vieillissant le voient. Si plusieurs parents adoptifs sont conscients de ce phénomène, trop encore l’ignorent.
Tout parent adoptant un enfant à l’international devrait être conscient et bien renseigné sur la culture de l’enfant, afin que plus tard, ils puissent en discuter ensemble. Cela ne peut qu’être favorable aux liens entre parent adoptif et personne adoptée. Je crois personnellement que tout parent adoptif doit démontrer une très grande ouverture d'esprit face à une possible recherche culturelle de leur enfant adopté. Le fait qu'un enfant adopté cherche à en apprendre sur ses origines ne veut en rien signifier qu'il s'assimile mal à la culture d'adoption. C'est un processus normal qui doit être encouragé et soutenu, lorsque l'enfant démontre un certain intérêt.
De plus, il faut aussi être conscient qu’il y a du bon à dire de tout pays, même si ce pays est très pauvre en ressources. Chaque pays détient une culture très riche qui mérite d’être partagée et appréciée dans sa juste valeur.
Rédigé par Bianca, Présidente de l'ADPAH
C'est tout à fait vrai Bianca, les parents adoptifs ont le devoir de rendre disponible la culture d'origine de leur enfant et de la valoriser. Cette culture représente sa mère biologique. L'enfant a besoin d'être adopté dans son intégralité,avec son passé et ses souffrances et de savoir que ses parents biologiques sont aussi importants que ses parents adoptifs. En tant qu'être humain, avec ou sans adoption, il est de notre devoir d'apprécier toutes les cultures existantes.
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