mardi 5 avril 2011

Double Identité - Qui suis-je?

En tant qu'haïtienne adoptée, je sais ce que c'est que d'être confrontée à deux identités bien distinctes. Québécoise au sein de la famille et perçue comme noire dans les rues. Difficile de dealer avec ce double aspect. Comment sortir indemne de cet entre-monde?

Suis-je plus québécoise qu'haïtienne?

Ayant grandi dans la région de l'amiante, région qui n'est pas très multiculturelle, j'étais vu comme québécoise aussi longtemps que j'agissais en ''québécoise'' et parlais le jargon québécois. Il n'y avait en aucun cas place à mon identité haïtienne. Même si pour mes parents adoptifs j'étais québécoise mais haïtienne d'origine, c'est certain que pour plusieurs membres de ma famille adoptive, que je ne nommerai pas, j'étais perçue comme la ''petite noire'' de la famille. D'autant plus que pour moi, être québécoise et haïtienne d'origine voulait nécessairement dire que je n'étais pas haïtienne, malgré le fait que je me sentais très près de ma culture primitive.

Mais enfin bref, bien des années s'écoulèrent et c'est une tout autre réalité qui me frappa lorsque je fit le choix de déménager à Montréal. Bien que je fusse au courant d'un certain racisme haïtien envers les enfants adoptés d'Haïti, je ne laissai pas cela me barrer la route. Malgré que je puisse facilement me faire quelques amis haïtiens qui furent très compréhensifs, il faut dire que pour beaucoup d'haïtiens de la communauté haïtienne de Montréal, les enfants adoptés sont considérés comme des ''noix de coco'', blanc à l'intérieur et noir à l'extérieur. Pour eux, nous ne sommes pas de vrais haïtiens car nous avons été élevés avec des blancs et pour beaucoup de québécois de souche, il en est ainsi (entre autre nos parents adoptifs). Alors, qui sommes-nous? Peu acceptés par certains haïtiens, peu acceptés par certains québécois de souche, qui sont ces enfants adoptés d'Haïti? Comment se retrouver parmi tous ces groupes? Comment se forger une identité qui nous soit propre? Aïe! Aïe! Tout un casse-tête pour une seule et même personne! Vous vous imaginez être aux prises avec ce perpétuel labyrinthe psychologique chaque jour de votre vie? Non? Eh bien, réflichissez bien à cela lorsque vous croiserez un adopté d'Haïti. Soyez conscient du déracinement que provoque l’adoption à l'étranger. Peut-être pour certains sommes nous des noix de coco, mais pour nous qui vivons ce perpétuel conflit, peut-être en est-il autrement.

Y a-t-il une bonne réponse? Y a-t-il une mauvaise réponse? Plusieurs diront qu'il n'existe aucune mauvaise réponse, mais personnellement, pour l'avoir vécu, je dirai qu'il existe une bonne et une mauvaise réponse tout dépendant du groupe d'appartenance.

Pour les haïtiens de souche, il y a une possibilité d'être perçu comme un ou une vraie haïtienne, aussi longtemps que l'on agit comme tel.

Pour les québécois de souche, entre autre nos parents adoptifs, sans aucun doute, nous devons correspondre à l'image qu'ils se font d'un parfait enfant québécois et oublier notre culture d'origine.

Et la bi culturalité, elle, est-ce que quelqu'un en a entendu parler? Ce choix d'être à la fois québécois et haïtien? Est-ce une possibilité? Oui. Pour certains d'entre-nous. En tout cas pour moi, c'est une solution tandis que d'autres préférons opter pour l'identité propre québécoise. Tout est une question de choix personnel.

Ainsi, la bonne réponse provient d'une personne adoptée et non de l'extérieur d'elle. Je crois fermement que ce n'est ni aux parents adoptifs ni aux haïtiens de souche de décider qui nous devons être. Nous devons être la personne qui nous rend heureux d'être et nos parents adoptifs devraient être heureux de nous voir heureux dans les choix que nous faisons sans se sentir abandonner pour autant. Car ce que tout parent adoptif doit comprendre dès maintenant, c'est que la recherche d'identité culturelle n'est pas une attaque personnelle dirigée contre les parents, mais est un processus que certains haïtiens adoptés traverseront. C'est un processus périlleux et souvent on s'y perd. Avec du support parental, je crois que ce processus peut légèrement paraitre moins émotionnellement difficile. En tant que personnes adoptées, nous ne voulons perdre en aucun cas l'amour de nos parents adoptifs. Cet amour perdu qui serait vécu comme un second abandon.

De plus, en tant que personne adoptée, nous devons faire le deuil d’une partie de nous irrécupérable pour plusieurs. Même si le choix de la bi culturalité peu atténuer jusqu’à un certain niveau ce sentiment de déracinement, nous ne serons jamais considérés comme de vrais haïtiens aux yeux de plusieurs. Toutefois, je crois qu’il ne faut pas se préoccuper des préjugés véhiculés et tenter de trouver un juste milieu convenable. Ce n’est pas mince tâche que de se sentir sans identité. Si j’ai un conseil à donner à tous les haïtiens adoptés et à tous les adoptés à l’étranger, c’est celui-ci : Parlez-en. Ne gardez pas le silence sur ce malaise qui vous habite. Vous n’êtes pas seuls à vivre de telles émotions.


J’espère que cet article vous a ouvert un tantinet les yeux sur la réalité vécu par certaines personnes adoptées à l’internationale et vous sensibilise à l’intérieur de vous-même. Pour terminer, j'ai un mot pour tous les haïtiens non adoptés qui liront cet article. Cessez la discrimination envers les haïtiens adoptés, montrez un peu de compréhension et de compassion à leur égard.


De plus, au lieu de manquer de respect à vos sœurs en les prostituant, à vos frères en les tuant, rentrez à la maison et embrassez-les, car dites-vous que saurait pu être le sujet de votre propre adoption dans cet article, car nous sommes tous haïtiens de souche et nous venons tous du même pays défavorisé.

mercredi 16 février 2011

Statistiques Adoption Internationale 2009

Ce document a été publié par le Secrétariat à l'adoption internationale. Ces chiffres représentent toutes les adoptions internationales de 2009. Prenez note que le fichier s'ouvre au format PDF. Vous devez donc posséder le logiciel Adobe Reader pour pouvoir consulter le document. Nous attendons encore les statistiques de 2010!

Voici le lien:

http://www.adoption.gouv.qc.ca/site/download.php?f=11cbca65f0ed211d28efee4f92cabdfc

Que pensez-vous de ces statistiques? Croyez-vous qu'elles représentent véritablement la réalité?

Partagez votre opinion, elle m'intéresse!

dimanche 16 janvier 2011

Conserver la culture d’origine d'un haïtien adopté

Gamine, je me sentais toujours différente des autres. Malgré le fait que j’avais beaucoup d’amis à l’école, certains élèves ne se gênaient pas pour me faire voir ma différence. On me surnommait ‘’boum chocolat-cola’’. Cela peut sembler très anodin, mais dans mon cœur d’enfant cela me blessait beaucoup.

Au fil des années, je réalisais petit à petit que j’étais très différente des autres, voir même, très différente. Mes cheveux, ma couleur de peau, mes yeux et même ma mentalité différait de celles des autres. Je me suis longtemps sentie très seule. Je ne ressemblais à personne, ni à ma mère, ni à mon père.

Souvent, en me regardant dans le miroir, je me haïssais à un point tel que je voulais être quelqu’un d’autre, je voulais être blanche. Je me disais que tout serait beaucoup plus facile comme cela. J’aurais les cheveux longs et lisses, la peau pâle… Ainsi, de cette façon, je n’attirais plus les regards sur moi, je ne serais plus aussi différente des autres.

J’essayais du mieux que je pouvais me confondre dans la masse : Je parlais avec un accent très québécois, je pensais comme tout le monde de mon entourage. Je faisais tout pour plaire, afin de ne décevoir personne. Toutefois, je sentais que quelque chose n’allait pas. Je ne me sentais pas moi. J’avais l’impression de m’oublier, j’avais l’impression de jouer un jeu pour m’éviter d’autres abandons que je ne supporterais surement pas.

Secrètement, j’allais sur des sites qui portaient sur ma culture, sur mes origines. Pour moi c’était un univers qui m’était mystérieux et beau à la fois. Malgré tout ce que les autres pouvaient dire de négatif sur Haïti, je voyais les choses différemment. Je le trouvais riche et beau, ce pays. Ce pays qui était ma terre natale, ce pays qui renfermait mes origines. J’avais envie d’être une haïtienne et de goûter aux Antilles.

Mais comment? Je cherchais de l’information… demandait à mes parents, toutefois plus j’essayais, plus je sentais que ça ne menait nulle part. Souvent, lorsque je posais des questions sur mon pays, on me reprochait de ne pas être ‘’reconnaissante’‘ ou encore on me répondait que de toute façon, Haïti était très pauvre et violent, qu’il n’y avait rien à savoir, rien à voir. J’étais totalement en désaccord et beaucoup de conflits sont alors nés. J’étais triste, déçue et à la fois en colère. Triste qu’on ne veule pas m’aider, déçue qu’on ne me comprenne pas et en colère de ne rien connaître sur ma culture.

Je me suis alors longtemps contentée de voyager de site en site, jusqu’au jour où je déménageai à Montréal. Je pu enfin goûter à cette culture qui m’avait été interdite, qui m’avait été enlevée, qui avait été classée de malsaine, voir même de mauvaise.

Je compris que ce qui me manquait, n’était non pas une famille qui me ressemblait, mais bien une famille qui me comprenait, qui me supportait dans mes recherches, en ne se sentant pas menacée par ma culture, mes origines, cette mentalité haïtienne.

Quelque temps après, c’est en discutant avec beaucoup d’autres haïtiennes adoptées qui avaient vécu les mêmes difficultés que moi que j’ai compris qu’il y avait un sérieux manque d’informations, autant pour les parents adoptifs, que pour les adoptés. Dans un même temps, je compris que je n'étais pas la seule à m'être questionnée autant. Je me suis alors dit que ce devait être un processus normal, pour tout haïtien adopté.

Je réalisai aussi que la question de la culture n’était pas très souvent abordée au sein de certaines familles adoptives. C’est alors que je me suis dit que quelque chose devait changer afin d’éviter les conflits dans plusieurs familles adoptives. Oui, quelque chose doit changer : Il faut promouvoir l’importance de conserver la culture d’origine d’un haïtien adopté et de tout autre adopté à l’international. Si beaucoup de parents adoptifs n’en voient pas l’importance, beaucoup d’adoptés internationaux en vieillissant le voient. Si plusieurs parents adoptifs sont conscients de ce phénomène, trop encore l’ignorent.

Tout parent adoptant un enfant à l’international devrait être conscient et bien renseigné sur la culture de l’enfant, afin que plus tard, ils puissent en discuter ensemble. Cela ne peut qu’être favorable aux liens entre parent adoptif et personne adoptée. Je crois personnellement que tout parent adoptif doit démontrer une très grande ouverture d'esprit face à une possible recherche culturelle de leur enfant adopté. Le fait qu'un enfant adopté cherche à en apprendre sur ses origines ne veut en rien signifier qu'il s'assimile mal à la culture d'adoption. C'est un processus normal qui doit être encouragé et soutenu, lorsque l'enfant démontre un certain intérêt.

De plus, il faut aussi être conscient qu’il y a du bon à dire de tout pays, même si ce pays est très pauvre en ressources. Chaque pays détient une culture très riche qui mérite d’être partagée et appréciée dans sa juste valeur.

Rédigé par Bianca, Présidente de l'ADPAH